AVERTISSEMENT
(demande polie)

Si vous venez sur mon ”blog”, sans être passé(e) préalablement par le JDI, soyez gentil(le) de cliquer dans l'encadré "Archives” (à droite de ce texte et plus bas) sur le mois en cours (ou celui qui vous intéresse) afin que mon ou mes “posts” s’affichent au format voulu (j’entends : dans un bon équilibre entre texte, empans et images) — format voulu par celui qui les a conçus, votre serviteur himself...
(Si si, c’est important !)

HUMEURS DU MOMENT

J'écoute : chanter cet oiseau qui tous les jours aux mêmes lueurs indécises vient faire l’aubade à mes insomnies (s’il me réveillait, je l’étranglerais !)
Je regarde : un peu dans le vague, je l’avoue…
Je lis : Grapes of Wrath — en songeant à JM alias M*** (parti du site, bis repetita !)
Je joue : Est-ce que je joue ?
Je mange : je mange,oui…
Je bois : ... et, oui, je bois !

Je cite :
«  Au printemps […]
Nous irons voir ensemble les jardins refleuris
Et déambulerons dans les rues de Paris »

« Je sais tout, je vois tout [cf. supra !], je suis un des types les plus lucides que je connaisse ; c’est amplement suffisant pour me rendre compte en détail de ma situation, mais notoirement insuffisant pour agir, remédier, soulever les obstacles d’une main, les jeter ou les détruire ou poursuivre le chemin. »

Je pense : très très peu en ce moment !
Je rêve : encore et toujours d’avoir plus de temps à moi (et moins d’insomnies !)
(mis à jour mardi 26 avril 2011 à 12:43)

22/01/2012

22/01/12 - 12:31

Paris-Barcelone-Paris
[work in progress !] (17)


Paris, mardi 1er novembre, matin

Après ma plongée dans les arts décoratifs à Barcelone, il fallait bien que j’en prolonge[asse] les connaissances acquises et approfondisse mon regard sur des œuvres en amont de Gaudi et du modernisme espagnol (ou de l’art nouveau français, Strasbourg en étant un carrefour géographique plus qu’un véritable foyer artistique ! — n'en déplaise à mes Strasbourgeois… d'adoption !)
Je me rends donc à Orsay, une demi-heure avant l’ouverture, en vue de visiter l’exposition Beauté, morale et volupté dans l'Angleterre d'Oscar Wilde.


Je ne m’attendais pas à une telle presse. Il faut dire qu’en ce mardi la plupart des musées nationaux sont fermés...
Comme c’est l’ouverture et que nous sommes tout de même dans une ancienne gare, un lieu passablement grand par conséquent, tout comme à la Sagrada Familia (toutes proportions gardées, naturellement, mais une église est un lieu plus ouvert, plus propice au vide qu'une gare !) la foule se voit rapidement drainer — et j'attends moins longtemps après l’heure d’ouverture que je l’avais craint...
Autre avantage d’être venu tôt, les lieux de l’exposition — les tenants de l’aesthetic movement attirant moins les foules que l’exposition Manet — sont assez peu envahis encore, et je n’ai pas toujours besoin de piétiner devant tel vase, fauteuil ou portrait.
Oscar Wilde semble n’être guère, au bout du compte qu’une sorte d’appât publicitaire (j’imagine qu’il doit y avoir une expression consacrée dans le milieu des publicistes : un teasing, peut-être ?), qu’une icône (qui plus est, possiblement gay pour le visiteur)...


… il se trouve, certes, cité dans chacune des salles comme un fil d’Ariane, mais, en dehors de quelques illustrations de ses œuvres par Aubrey Beardsley,


il n’est guère qu’un substrat... décoratif !

Je suis surpris — et déconcerté. L’art pour l’art tel qu’il s’est vécu dans l’Angleterre victorienne, s’il a mené à des visions jusqu’au-boutistes qui m’évoquent la génération suivante sans que j’en sache [susse] rien (ou fort peu) auparavant, et s’il a sa raison d’être ou sa cohérence, ne laisse pas d’interroger, et l’on aimerait donner mieux son assentiment à ce que l’on voit…
Déconcerté parce que, si sont très beaux certains objets, certains meubles ou certaines peintures, la saturation de ces objets, meubles, peintures, vêtements, éventails, papiers peints, fait frôler l’asphyxie à qui s’en trouve gavé sans avoir tant demandé, non sans considérer d’ailleurs — comment dire ? — comme un peu nunuches ou chichiteuses (tant pis pour l’interférence diastratique, que j'aurai compensée en rétablissant quelques subjonctifs imparfaits, au demeurant bien laids !) certaines beautés fades, chlorotiques, molles et excessivement alanguies


— au point que la tête en débande un peu ! (Les anges, d’ailleurs, ne s’en montrent-ils pas eux-mêmes comme dépités ?...)


Sortant de l’exposition, je cherche à revoir les pastels d’Odilon Redon. Je m’étonne de découvrir, d'ailleurs sans étiquetage, la Toussaint de Friant au déboulé d’un grand escalier ; ne retrouvant pas la salle des Redon, je comprends brusquement enfin que le musée est en bonne partie réaménagé, les salles réorganisées avec des parti-pris de couleurs qui rendent les toiles vibratiles, mais les assemble peut-être un peu trop en raison de leur similitude.
Il faudrait consacrer à ces nouvelles salles — je traverse une cafétéria flambant neuve qui me paraît distrayante dans ses partis-pris — beaucoup plus de temps que celui dont je dispose, d’autant qu’en ce milieu de matinée les visiteurs commencent à déferler.
Au rez-de-chaussée, je m’attarde tout de même un peu dans les salles consacrées au symbolisme, spécialement devant les toiles de Moreau, moins dispersées ou plus nombreuses, me semble-t-il, qu’elles ne l’étaient auparavant.
Il me faudra donc revenir dans tous les cas — ce qui scelle par avance l’occasion d'un retour à Paris —, sans doute en avril, ainsi que j'en ai pris l'habitude !

15/01/2012

15/01/12 - 11:40

Paris-Barcelone-Paris
Babe Alone in Babylone
[work in progress !] (16)


Paris [suite], lundi 31 octobre

Le soleil, enfin, a reparu.
Le lendemain, tout paraît moins grave.



Comme j'en suis tout proche, après avoir fait quelques courses, j'achète des timbres au musée de la poste. J'admire (à nouveau) la patience angélique avec laquelle les préposés servent une clientèle tatillonne, lente à choisir, selon des unités variables, telle ou telle vignette, à tel ou tel prix. Pour ma part, je ne veux qu'un carnet de timbres au tarif en vigueur qui sorte un peu de l'ordinaire afin de poster quelques cartes en partie rédigées à Barcelone, que je compléterai peut-être de quelques autres achetées ici. J'arrête mon choix sur une série représentant des détails de cathédrales gothiques françaises, en contrepoint — et comme pour me guérir — de la Sagrada Familia.

Je téléphone à J***, peu désireuse, prise entre la musique et les enfants, de se rendre disponible pour midi. Je la rappellerai demain afin qu’on trouve une solution pour une remise des clés.

Après avoir déjeuné, je vais à Orsay, ignorant que c’est son jour de fermeture.

Qu’à cela ne tienne, je reverrais volontiers l’Orangerie.

Je traverse la Seine. La percée jusqu’à l’étoile, magnifique sous le soleil, dans cette lumière automnale, coupe le souffle.

J’ai rendez-vous encore à l’Espagne — et n’en savais rien.



Je comprends pourquoi l’art du tournant du siècle faisait grise mine à Barcelone : les plus belles toiles de la MNA se trouvaient à Paris !



Je découvre, dans des formats carrés ou apparentés, les talents de coloriste d’un Joaquim Mir i Trinxet, peintre dont j’ignorais jusqu’alors le nom… Sont accrochés aussi quelques Picasso (c'est le moins que devait le sous-titre de l'expo).

En sortant de l’exposition, je songe à mes pas antérieurs d’octobre 2019 sur l’esplanade des Tuileries, que je photographie à travers les vitres de l’endroit.


Cela flamboie roux tout autant que cette fois-là, et j’en oublie (quoique pas tout à fait !) le petit pincement au cœur que j’avais eu de n’avoir revu N***


— d’autant que N***, je le verrai vraisemblablement demain !

11/01/2012

11/01/12 - 08:41

Paris-Barcelone-Paris
Babe Alone in Barcelone
[work in progress !] (15)


Barcelone [suite], dimanche 30 octobre, matin

Je revois Javier. Il est là plus tôt qu’il n’avait dit pour me rendre ma caution.
Il me propose un dernier expresso.
Cependant, les bagages bouclés et la bougeotte aux semelles, je quitte l’appartement au moins une demi-heure avant l’horaire que je m’étais fixé.
Cela me permet de prendre un café sur une dernière terrasse ensoleillée avant de rallier l’aéroport en train.

Sur place, je n’ose, me sentant toujours inexpert, photographier la fresque de Miró — décidant de m’en remettre à Internet plus tard.
(J’ai fait, depuis, chou blanc dans mes recherches — sauf deux images laides à s’en contrister —, et ai regretté de ne l’avoir fait alors !)



après-midi et soirée : Paris



Nous atterrissons avec plus d’une demi-heure d’avance sur l’horaire prévu.
Ce doit être le leitmotiv du moment.
Je le crois un court instant ; je dois déchanter aussitôt en constatant qu’aucun RER ne circule à partir de Roissy ; on nous achemine, cependant, en bus jusqu’à une gare — j’en ai oublié le nom, d’autant que nous traversons une campagne laide et plate que défigurent encore la pluie et la buée aux vitres — où des trains circulent jusque Paris.
Alors que nous roulons vers ce lieu improbable, je téléphone à N***, mais tombe sur son répondeur.
Le temps gagné à l’arrivée est finalement perdu. Je ne suis cependant pas en retard par rapport à l’heure à laquelle j’avais escompté me trouver chez J***.

Celle-ci m’attend, tout impatiente : ils doivent sortir, elle n’a que le temps de m’installer dans le studio de N. — puisque telle est ma destination —, elle met promptement manteau, toque et gants, se munit d’une couverture ; à peine si je puis saluer N. et les enfants : il faut y aller de suite.
Et le Vélib se met à nouveau de la partie. Rudement harnaché, deux sacs en bandoulière, l’un à gauche, l’autre à droite, un bagage encore dans le panier métallique à l’avant de l’engin, je pédale derrière elle jusque Falguière où nous remisons nos montures.
Naturellement, durant le trajet, nous n’avons pu deviser, et la seule conversation que nous avons devant et dans le studio est toute pragmatique : comment ouvrir la porte, barricader les volets, allumer le chauffage, trouver tel ou tel objet... Conversation un peu frustrante, au terme de quoi J*** me plante là, pour retrouver au plus vite N. et se rendre ensuite à sa soirée dont je n’ai compris s’il s’agissait d’un dîner, d’un concert ou d’une quelconque autre sortie...
Je me fais un peu l’effet d’un colis encombrant remisé dans un endroit sombre, exigu, humide, hostile et froid malgré les livres qui le tapissent. Il y a sur un plateau de quoi se faire un café lyophilisé, du sucre, quelques gâteaux secs, mais les placards sont vides de toute autre nourriture, et J*** m’a dit ne pas savoir s’il y avait quelque épicerie ouverte en ce dimanche soir. Il faudra me contenter de cela pour mon petit déjeuner le lendemain.
Je tais en moi quelque protestation sur la façon dont je viens d’être expédié, d’autant que [la rectification s’impose…] rien n’avait été dit ni par J*** ni par moi de la manière dont nous nous retrouverions, et je m’emploie donc plutôt à téléphoner aux autres amis pour qui j’avais envie de séjourner à Paris à mon retour de Barcelone.
Certain que je verrais d’une façon ou d’une autre B. et N*** que j’avais prévenus de mon séjour, j’avais laissé vacant tout emploi du temps, d’autant que je m’étais dit que peut-être Y***, avec qui je corresponds depuis pas mal de temps déjà, serait peut-être à Paris et que nous pourrions alors avoir envie de nous rencontrer. Quant à planifier à l’avance quelque rendez-vous avec N***, je savais que ce serait trop contraignant pour lui — et qu’il n’en serait pas besoin puisqu’il est généralement libre comme l’air, belle expression qui lui va si particulièrement ! Bref, j’avais laissé tous les fils pendants ou presque depuis Barcelone — hors les mails envoyés à N*** et B. — et comptais aviser sur place seulement.
C’est N*** que je rappelle tout d’abord, avec le secret espoir qu’il sera disponible immédiatement. En fait, il est chez des amis et propose de se voir le lendemain — sans promesse, puisqu’il a déjà quelque chose de prévu, mais il essaiera de dégager assez de temps pour qu’on puisse se voir en fin d’après-midi et soirée.
J’appelle B., ensuite, qui n’est pas très en forme : elle a été malade et dit manquer d’énergie. Elle me répète une ou deux fois qu’elle vient bientôt à ***, ce qu’elle m’avait déjà écrit auparavant, et qu’elle sera sans doute mieux remise mardi.
Peu de temps après avoir raccroché, le mobile sonne. C’est N*** qui, réflexion faite, n’aura guère de temps le lendemain et préfère me réserver le mardi après-midi. Je rappelle B., qui n’est pas enthousiaste pour le lendemain – et me répète qu’on se verra bientôt à ***.
Les traverses, décidément, semblent se multiplier. Il ne manquerait plus que N*** quand je le rappellerai mardi ne soit finalement plus disponible !
Il me faudrait peut-être ici quelque autre formule à la Gainsbourg pour dire la nouvelle solitude qui semble m’être promise à Paris : Paris d’ailleurs n’est-il pas la plus belle des Babylone ?

En amont. 1erjanvier 2012

Quand nous nous reverrons, pour la seconde fois à *** depuis Paris, B. me souhaitera que mes rendez-vous en 2012 s'organisent plus aisément !
J'en fais aussi le vœu ardent — et qu'il en aille ainsi de mes rendez-vous, proches ou lointains, avec l'Espagne !


*
* *

Soir

Je dîne au même endroit qu’en compagnie d'Aymeric une semaine auparavant.

Voulant prolonger la soirée, je m’engouffre dans la station de métro toute proche. Le trafic est interrompu à Odéon, c’est la journée des perturbations de lignes. On nous certifie qu’on sera acheminé jusqu’au centre de Paris, mais aucune navette n’est en vue à l’extérieur. Il pleut — en outre. Je ne me le fais pas dire plus longtemps et rebrousse chemin.

*
* *

Nuit

Je suis rentré. Je lis.



09/01/2012

09/01/12 - 12:08

O U V E R T U R E (III)




Tenir table et maison ouvertes...

(ou... faut-il dire persiennes, chambre et maison closes ?)


-=-=-=-=-
La photographie des lieux date du même jour. Elle n'obéit pas tout à fait au même angle de vue (difficile évidemment à retrouver !).
Seule vraie différence au jeu des erreurs, la disparition des antennes télé !

Balise (et première séance, porte refermée, draps défaits et couverts mis) : F---, 02/01/12 (à suivre ?).



02/01/2012

02/01/12 - 00:10

O U V E R T U R E (II)






01/01/2012

01/01/12 - 22:44

OUVERTURE (I)




[Il est le seul avec qui j’ai(e) jamais éprouvé ce...]


Besoin de transfusion des mains.

S’émouvoir, de fait, de ce sang qui circule.
De sa chaleur.
De sa douceur.
De ce qui circule.
De ce qui diffuse.
Effuse de chaleur de douceur de peau chaude et douce.


*
* *
Encore n’étreins-je pas sa main.

Non

je pose ma paume
sur le dos de cette main
de cette main qui est la sienne

et la première fois la laisse
un très long temps...


*
* *

On devrait avoir de ces gestes réservés à ceux dont on s’éprend
se déprend
se reprend
— et à qui de fait l’on voue une affection particulière...



*
* *


— Et... si l’on venait… malgré soi… à se répéter…
(avec d'autres...
avec d'autres que lui !)
la caresse...
ne serait pas même

ni... le même...
le galbe de sa cuisse !...


31/12/2011

31/12/11 - 14:55

238 - Où que vos pas vous mènent… (suite)




* Voilà ! : c’est dit !...

31/12/11 - 10:59

237 - Paris-Barcelone-Paris
Babe Alone in Barcelone
[work in progress !] (14)


Barcelone, samedi 29 octobre, matin

Visite de l’hospital de la Santa Creu i Sant Pau



— où mourut Gaudi après avoir été renversé par un tramway —, aujourd'hui en cours de rénovation pour les assoiffés de modernisme.









Les lieux, largement emballés, m’en ont évoqué d’autres, faisant à nouveau le lien entre Strasbourg, Barcelone et Paris...

(Gare de Strasbourg)



(Paris 2010)



(Paris, juillet 2011, d'un quai à l'autre — et... de la police à la justice, l'île étant prise en étau !)



*
* *


En aval
[— et sur le thème de l'art nouveau — visite de l’exposition Jacques Gruber, Nancy, Galeries Poirel, 28 décembre 2011] :





30/12/2011

30/12/11 - 07:58

236 - Paris-Barcelone-Paris
Babe Alone in Barcelone
[work in progress !] (13)


Pour P*, qui m’y mène. (Pour P*, mon hôte à Strasbourg.)


En amont : Strasbourg, samedi 16 et dimanche 17 juillet 2011
[ainsi que partiellement raconté déjà]



C’est — paraît-il — le seul cloître à Strasbourg.

N***, plus tard, me demande ce qu’est un cloître — exactement.
La question me décontenance un instant. (Je m’embarrasse un peu dans mes explications, même si ma définition correspond à ce qu’est un cloître — à peu près.)

Plutôt que faire sortir la vérité du puits, je voudrais la faire sortir des mots (vieille illusion, qui ne m’appartient sans doute pas en propre !).




Je rage de ne le pouvoir, de ne pouvoir que des à peu près, approximations que N*** suscite bien souvent !




C’est
, selon P*, qui sait de quoi il parle, le seul cloître de Strasbourg.




De même, le jubé de Saint-Pierre-le-Jeune1, m’assure-t-on, n’a pas son pareil en Alsace.

Je songe à celui de la Madeleine — chacun la sienne… — à Troyes (cependant ici la dentelle n’est pas de pierre, mais de bois).



-=-=-=-=-=-=-
1 L'église est protestante depuis 1524. En 1682, Louis XIV restaure la paroisse catholique, le chœur est alors attribué aux catholiques et la nef aux protestants. Cette attribution aux deux cultes perdure jusqu'en 1898 — date à laquelle est construite par les Allemands l’église Saint-Pierre-le-Jeune catholique — ce que m’apprend (donc) P* et qu’Internet me confirme.


*
* *


C’est — paraît-il — le seul cloître à Strasbourg.

J’y entends le son des pas perdus.
J’y ai perdu mes pas, pas et poings liés.
Qu’y faisais-je ? — ou pas ?
Qu’y perdais-je ? — ou pas ?
Quel jeu de marelle, quelle effusion m’avaient mené là, menottes et mains liées ?
— Mais, bientôt déliées, les mains nues, chacun reprenant de soi les vieilles habitudes, les empoignant en quelque sorte et reprenant son dû, nous ne sommes pas plu, P* et moi, pas plus que lui, pas plus que moi sans doute...

Cependant, P* en tout point est resté un hôte impeccable. Non seulement il m'a fort bien reçu pour le déjeuner, mais nous avons dîné ensemble le soir et vu un très beau son/ lumière/ jeux d'eau/ feu d'artifice sur l'ancien port de Strasbourg en hommage à Tomy Ungereger.
J'étais comme un gamin émerveillé de ces jets d’eau colorés et fusées se reflétant dans l’eau, plus que devant les jeux de lumière sur la façade de la cathédrale que nous avons vus ensuite.



Et je suis très content, le lendemain, de revoir, dans sa ville, T***, pour la seconde fois.
Nous déjeunons ensemble, visitons le musée des Beaux-Arts (j’ai vu de mon côté le musée d’art moderne et contemporain le matin — et très impressionné par le Salon de musique de Kandinsky), puis prenons un dernier verre avant que je reparte.

*
* *


A Strasbourg, quoi qu’il en soit, fort d’une lecture préalable d’un ouvrage emprunté à la médiathèque de ***, Strasbourg 1900 carrefour des arts nouveaux, je vais en quête de façades, malgré la pluie — déjà ! (le dimanche) —, malgré l’éloignement de certains lieux.




22 rue du Général Castelnau




Place de Broglie




Ecole des arts décoratifs de Strasbourg (1892) (pp. 100 & 170)




Villa Schutzenberger, 76 allée de la Robertsau




56 allée de la Robertsau2


Car, oui, je suis sensible à l’art nouveau — étant en quelque sorte tombé dedans quand j’étais petit.
J’y reste sensible, comme on s’émeut d’un territoire connu.
Même si je n’en aime pas toujours les excès, les boursouflures, les chantilly. Même si, à Barcelone, je suis gavé de Gaudi — agacé de sa génialité surtout dont on m’a rebattu les oreilles.

Je m’y collerai donc à nouveau le samedi à Barcelone.

-=-=-=-=-=-=-
2 Photographies 1, 7 et 8 : Paul-André Befort, Leon Daul, Chantal Kontler, Pierre Lery, Strasbourg 1900 carrefour des arts nouveaux, Editions Place Stanislas, 2010 ; photos 4, 9, 10 et 11 : Internet.



*
* *


Samedi 29 octobre - façades barcelonaises

Celle du Palais de la musique :








D'autres — au hasard des rues et ramblas :






Plus tard dans l’après-midi, je suis un itinéraire fléché...



Quelquefois des façades moins surprenantes — telle cette gare vue auparavant — dissimulent des intérieurs plutôt inattendus…



24/12/2011

24/12/11 - 20:18

235 - Paris-Barcelone-Paris
Babe Alone in Barcelone
[work in progress !] (12)


Barcelone, jeudi 27, vendredi 28 et samedi 29 octobre [suite]

Etrange le reproche que je me suis adressé — qui a perduré au retour — de n’avoir pas su mieux profiter du moment et de la ville. Voire : que ce reproche ait pu gâter mon plaisir après coup paraît... passablement stupide... — à l’enfant de l’escalier !
J’aurais dû, en effet, reconnaître la position, ce plaisir spécifique du retrait — et l’apprécier.

Il ne tient, par ailleurs, au quidam esseulé que de se renseigner pour suivre les voies (autoroutières ?), en tout cas toujours fléchées, de l’entertainment... Ce que d’ailleurs, j’ai vaguement (plutôt vaguement) essayé de faire — sans conviction vraie...


Car... je n’avais pas vu dès l’abord dans le guide les adresses de bars, restaurants et boîtes gays. Je m’y suis consacré dès le jeudi soir — il me semble. Me trompant de direction la première fois, allant trop au sud, mais approfondissant ma géographie barcelonaise, allant vers la mer, en en devinant la présence.
Pas vraiment de quartier équivalant au Marais parisien. Un endroit, apparemment, concentrait pourtant un certain nombre d’adresses.
La pluie ayant cessé — ce devait être, par conséquent, le vendredi — je songe à m’installer à une terrasse, mais celle-ci est très exiguë et j’y resterais esseulé. Je vais donc à l’intérieur. A l’heure de l’apéritif, il ne s’y trouve personne ou presque. Le serveur est très joli garçon. Mais c’est tout. Je ne m’attarde pas et rentre dîner dans l’appartement à une heure trop avancée pour être l’heure espagnole — selon l’expression consacrée.
Je reviens le soir pour échouer dans un bar tout proche.
Personne ne fait attention à moi. J’ai toujours ce don, me semble-t-il, de me fondre dans le décor. Sans doute est-ce là une autre de mes positions. Au moins le serveur derrière le bar aura-t-il été aimable et souriant, quand ses homologues parisiens auraient paru blasés et condescendants.

Dans le métro, je tâche de dresser une typologie indigène. Certains Espagnols sont vraiment petits.
— Ça me va très bien.
Le cheveu noir, noir le poil, abondant, l’œil brun que tapisse un velours épais, rideau de cils abondant...
— Ça me va bien aussi.
(Naturellement, mes regards sont sélectifs, mais j’ai plus de chance à ce jeu que dans le métro parisien, assurément.)
Je m’invente — quoique ce ne soit certainement pas une entière fiction — un ancêtre espagnol. Le nom de mon grand-père maternel — qui ravirait *** (alias ***, alias ***), j’y songe — a des consonances catalanes à l’évidence... Je vois ce nom à l’enseigne d’une pharmacie — et m’en amuse et flatte...
(J’ajoute que certains Ibères m’évoquent N***, dont le patronyme n’a pourtant aucune consonance séfarade !)

Tout ceci me va bien, mais l’Espagne n’est toujours pas au rendez-vous...

*
* *

Le samedi soir, après un dîner mémorable (pour le plus mauvais que j’aie jamais fait dans un restaurant libanais, choisi moins par dépit que conviction, et après avoir échoué à retrouver le bar à tapas du premier soir où j’aurais volontiers retourné), je m’efforce d’arriver un peu plus tard, la faune étant, je le sais, plus nombreuse à mesure qu’avance l’heure.
Je suis loin, cependant, d’être réglé sur un méridien vraiment espagnol ni nocturne...
La clientèle, dans cet endroit qui jouxte celui de la veille, est plus jeune que le soir précédent — la clientèle y étant composée de quadra— ou quinquagénaires qui semblaient tous familiers des lieux, comme on en use d'un bar de quartier où se retrouver autour du comptoir.

On ne voyage jamais très loin, ou l’on arrive du moins plus proche de chez soi qu’on imaginait...
Je vois s’installer près de ma table deux blondinets flanqués d’un quinquagénaire qui pourrait largement être leur oncle ou leur père — mais qui ne l’est sans doute pas, aucun trait de visage ne liant aucun de ces trois-là, même si les deux adolescents, qui n’ont pas plus de seize ou dix-sept ans, partagent bien des ressemblances...
Sans prêter l’oreille, quoique intrigué, j’entends, reconnaissant graduellement des sons familiers qui finissent par s'assembler en mots et en grappes de mots, qu’ils s’expriment en français...
Je m’efforce de rentrer, de me vriller plus encore que d’ordinaire dans le mur... Et m’étonne. Que font ensemble ces trois-là et (surtout) comment ont-ils pu se rencontrer ? (Cela me rappelle un verre en terrasse dans le Marais lors d’un de mes derniers séjours parisiens. Trois très jeunes gens se livrent à un numéro qui ne peut m’être qu’à mon adresse (il n’y a personne d’autre). L’un — il ne doit pas être natif d'Espagne... — évoque son peu de pilosité, tout en regrettant de n’en être mieux pourvu. L'un, joignant le geste à la parole et complétant l’exhibitionnisme langagier, soulève d’une main son tee-shirt pour découvrir de l’autre la naissance de ses poils pubiens. Je reste — le mot est juste — interloqué, et, si je ne condamne (évidemment !) pas la manœuvre, j’ai quand même l’impression que je me trouve inutilement ferré...)

Quoi qu’il en soit de mes réflexions (superficielles plutôt qu’abyssales !) et pour en revenir à mon trio barcelonais, je m’amuse que le bar s’appelle — sauf faux ami comme il en existe entre toutes les langues — la Chapelle...

21/12/2011

21/12/11 - 18:38

234 - Paris-Barcelone-Paris
Babe Alone in Barcelone
[work in progress !] (11)



Fragments et addenda (à mon dernier “post”)

[Noté durant une insomnie]
Une phrase de Baudelaire sur les foules me revient, mais tronquée. Il faudra que je vérifie si elle a le même sens que ce que je cherche à exprimer.

[après-coup]

« Multitude, solitude : termes égaux et convertibles pour le poète actif et fécond. Qui ne sait pas peupler sa solitude, ne sait pas non plus être seul dans une foule affairée. »



(je ne suis pas sûr néanmoins que l’amorce du poème — « Il n’est pas donné à chacun de prendre un bain de multitude : jouir de la foule est un art ; et celui-là seul peut faire, aux dépens du genre humain, une ribote de vitalité, à qui une fée a insufflé dans son berceau le goût du travestissement et du masque, la haine du domicile et la passion du voyage » — corresponde entièrement à ma propre vision, du moins dans ce qui ferme la phrase !)

*
* *

J’entends Duncan me dire : « Trop de voyages tue le voyage ». La sentence, proférée du haut de ses vingt ans, m’amuse.
Mais j’ai garde de le lui dire.
D’ailleurs, j’aime bien trop les enfants… : j’ai l’esprit de famille…
J’aime tant son zézaiement, sa voix flûtée, les inflexions poivre et sucre que la langue étrangère confère à ses augures.
Trop de voyage… Etait-ce vrai de Barcelone ?

*
* *

— Va respirer l’air un peu. Va dehors. Va jouer.
— ... ... ...

(Je me demande bien ce que je répondais. Toujours est-il que j’obtenais de rester là. Je jouais. Je livrais mes narines au grand air de ce retrait.)

Je suis l’enfant de l’escalier. Je laisse à ma sœur le rôle de l’être social que tout le monde s’accorde à lui donner.
En attendant, je jouis de ma solitude.

Je me distance. Je me distingue. Je me distrais.
Tous ces « je » sont du retrait — dans mon retrait, dans cet escalier qui ascensionne des vertiges dont je ne sais pas tout encore.

S’ils sonnent, ces « je », comme une vanité, c’est dans un triple sens qui se conjugue et qui s’annule : celui, double, d’un orgueil et d’un impossible, qui se prolonge tant et tant mieux dans les méandres d’une mort qu’on apprivoise, par et dans la représentation de tout ce dont on se défait, tout ce qui étalé devant moi, devant nous, sur la table ou la toile, s’étale, s’étoile, s’épate et se distrait — alors que la table sur laquelle j’écris pourrait être une toile, une table d’opération, de multiplication, par laquelle tous ces « je » devraient tout aussi bien dire les autres — car rien ne vaut d’être dit si ce n’est pour joindre les autres, les et leur parler, dans ma langue, dans la leur, dans les inflexions douces et flûtées de tous les Duncan — ou les autres — par quoi l’on voudrait un peu mourir, renaître ou se prolonger !


19/12/2011

19/12/11 - 11:18

233 - Paris-Barcelone-Paris
Babe Alone in Barcelone
[work in progress !]
(10)


Barcelone [suite], jeudi 27 et vendredi 28 octobre

Et puis. Mais il faudrait dire : encore ou : à nouveau ? En tout cas : brusquement, un peu de découragement, de lassitude.
Et — tout d’un coup — beaucoup de solitude...

Peut-être ai-je eu tort auparavant de trop courir les musées.

Mais… ou car... les villes occidentales toutes converties au tourisme international ont fini de livrer leurs visiteurs à l’aventure. On suit des parcours fléchés, on se voit tendre dans les restaurants et les bars des menus en anglais, les lignes de métro ont une couleur — bleu, rouge, indigo, parme ou vert… —, en sortant des bouches de métro on voit des pancartes qui indiquent distance et temps séparant l’aventurier de son lieu d’exploration : la Sagrada Familia, 800 m, 10 mn !


Comme si s’égarer était le vice suprême...
Et de se laisser ainsi mener stupidement par le bout du nez — même si, naturellement, l’on se pense assez grand pour faire un ou deux pas de côté


— ce qu’on réussit à faire tout de même de temps en temps.

*
* *

Et toujours en tout cas — même s’il se peut que j’exagère cet effet terrible dans les musées —, le regard de R. dans mon dos sur ce que je regarde. Et c’est alors comme si j’entendais sa pensée, sentais poindre cet accord, celui que nous aurions face à ce que je vois, — fût-il à l’emporte-pièce, fût-il ignorant, fût-il absolument tacite — ou futile. C’est là que le découragement me vient, c’est là curieusement que R. me manque. C’est là que j’éprouve le plus durement ma solitude, ma finitude d’être désormais intransitif, celui que rien ne prolonge, qui se trouve exclu de fait des partages amoureux — si tels sont bien l’adjectif et le substantif qui conviennent aux relations (multiples, ondoyantes et nécessairement indéfinies) que nous avons eues, aux relations que j’aimerais avoir à présent avec un autre que lui.
C’est là que quelque chose manque sans secours...

*
* *

Et puis... mon enthousiasme et ma course se sont (donc) alentis.

Il pleut, tant et tant.

*
* *

Vingt-quatre heures d’un office flou. Pas de photos. Seules quelques lignes sur ce que j’ai pu (ou simplement su) faire de mieux à Barcelone :
Plaisir du jour — dû à la pluie (des paquets, des trombes d’eau déversées en vingt-quatre heures) : demeurer en chambre à lire et écrire...
Je pense, en fait, qu’entre le musée Picasso et la fondation Tápies, une journée a dû s’écouler, entre jeudi et vendredi.
(Je me souviens vaguement être descendu vers la mer, avoir aperçu un port bouché par la grisaille, et avoir, battu de pluie et de vent, renoncé à en voir davantage. Je me souviens d’un musée d’art contemporain — contenant une assez belle œuvre de Tápies, précisément —, dont toutes les salles n’étaient pas accessibles — et, pour cela, parcouru très rapidement. C’était à un autre moment car un filet de soleil timide éclairait la façade de cet assez beau bâtiment... [la galerie d'art moderne MACBA, ai-je entre-temps retrouvé dans un guide feuilleté par hasard — guide dans lequel je retrouve également un ticket attestant mon passage le jeudi (après le Musée Picasso, si ma mémoire est bonne) au MUHBA, musée d'histoire de Barcelone, Plaça del Rei (ajout du 08/01/12)])

Même si je n’ai pas vraiment le souvenir de ces moments passés en chambre, du plaisir, semble-t-il, que j’en ai eu — si j’ai surtout souvenir de ma lassitude, de ma solitude barcelonaises, de m’être senti comme ces animaux mécaniques dont le ressort s’épuise et dont les mouvements faiblissent jusqu’à se figer avant qu’on en remonte la clé, je suis bien certain d’avoir eu besoin de ce retranchement.
A bien reconsidérer les choses : je ne m’étais pas livré (à la ville, à la vacance d’être là, au voyage, à... je ne sais).
Peut-être aussi ne suis-je (donc) pas encore assez délivré (de celui qui m’inspire encore parfois la nostalgie de ce que nous avons fait ou été dans des villes — c’étaient toujours des villes : R. n’aimait pas la nature, la montagne lui aurait fait horreur —, dans des voyages, des musées, des spectacles, des salles de cinéma, des dîners avec des amis...)
Peut-être encore d’autres circuits de pensée ont pu intervenir, qui m’échappent totalement — de très anciens circuits ou réflexes de protection...

*
* *

Voilà. Là. Je me retranche. Je lis et j’écris. Je garde la chambre. De là, un presque bonheur. Je me garde, me rencogne, pour mieux me livrer. Je me retranche : ce n’est que plus tard que je reviendrai au jeu social, spécialement et avant tout à l’amitié... Je m’épargne. En m’épargnant, je vais retrouver aux autres, à la ville, plus de sens, plus de rondeur, plus d’allant...

Et je retrouve de toute façon une position qui me comble. Je suis l’enfant au bas du haut escalier. Je retrouve l’enfant qui ne joue avec personne. (J’ai peut-être déjà raconté cela.)
Au bas du haut escalier, près de la porte d’entrée juchée sur un perron solennel que personne n’emprunte jamais, famille et visiteurs — sauf ceux qui viennent le dimanche — entrant par la porte de côté ouvrant sur la cuisine, j’ai la certitude d’être tranquille : je dessine beaucoup — même si l’on préfère toujours les dessins de ma cousine aux miens, cela ne me rebute pas —, je construis des maisons en lego — je me rêverais volontiers architecte... —, j’ai même un garage (du moins je crois) avec un parking extérieur où je fais monter des voitures.
La volée immense de marches conduit à l’étage : là sont les chambres — celle de mes grands-parents, celle, contiguë, où je dors délicieusement avec ma cousine les fois trop rares où elle se trouve là, avec ma sœur dans d’autres occasions — où l’on ne s’aventure jamais en journée. Il arrive que, très exceptionnellement, l’on grimpe, sur les talons de ma grand-mère, encore d’un étage : une pièce mansardée à l’odeur particulière, indéfinissable — peut-être de n’être pas suffisamment aérée ou, au contraire, d’être saturée d’effluves lessiviels, ou les deux — où sont remisés des souvenirs, des livres et même des jouets. Ce sont ceux de mon père. Il y a là un cheval à bascule, à la robe grise, aux taches noires, à la crinière rare. Je crois n’être jamais monté dessus. Je me contente de l’admirer. Parmi les livres, je saisis pour la relire l’histoire de Riquet à la houppe. Il me semble que je suis ce personnage, et qu’un jour je trouverai grâce aux yeux de ma cousine...
En attendant, je suis seul. Il arrive que je lise des romans-photos qui feuilletonnent des magazines féminins, sans doute pas Modes et Travaux mais plutôt Femmes d’aujourd’hui. Je tombe amoureux — j’ai sept ou huit ans — d’un des protagonistes d’une histoire alambiquée que compliquent (naturellement) les différences de statut social : il doit être médecin, elle doit être infirmière, il s’appelle Adame, il est très beau, et je conçois bien qu’il soit très désirable pour la jeune femme amoureuse dont je n’ai que faire du nom et sur laquelle, de toute façon, il finira bien par refermer ses bras. Je ne saurai que bien plus tard que ce prénom d’homme (d’homme à femmes ou à dames ?) se prononce comme celui du père de tous les hommes, et, bien plus tard encore, que ce nom signifie « homme » — précisément...


En attendant, je suis seul et je bois ma solitude comme je bois goulument l’air frais qui circule dans cette montée d’escaliers, toujours fraîche, froide en hiver.

Je suis seul et me livre à mes démons. Sans peine ni honte. D’ailleurs, je suis averti de toute survenue extérieure : le gravier crisse sous les pas de celui qui approche, me laissant le temps de recomposer mon petit masque d’enfant hypocrite, d’enfant comédien comme le sont tous les enfants face aux perplexités des adultes — et qui préfère pour le moment leur conter ce qu’ils sont envie d’entendre tout en conservant pour soi les histoires qu’il s’invente ! (Je ferme la bouche pour ne pas montrer les dents — ce que je ne saurai jamais bien faire. Le sarcasme, quoi qu’il en soit, viendra plus tard, souvent davantage tourné contre moi que contre l’autre. Je m’épargne. Je sais que mon heure viendra, magnifique, où de grands échassiers — parfois peut-être un peu trop grands ? — se pencheront vers cet enfant-là... cet enfant qui, pour l’heure, rêve déjà ne n’être plus un enfant !)



13/12/2011

13/12/11 - 13:23

232 - Paris-Barcelone-Paris
[work in progress !] (9)


Barcelone [suite], jeudi 27 octobre

La Casa Battló, le matin (toujours suffisamment tôt, afin de ne pas trop processionner à l’intérieur).

L’entrée est chère (d’ailleurs, les musées, fondations, maisons, sites ici sont tous exagérément chers).
Elle comprend — généreusement ! — l’usage d’un “audioguide“. Le texte, hagiographique, frise le ridicule, et j’en interromps bientôt la lecture.
Je tâche de ne pas me persuader du contraire de ce dithyrambe exagéré : en principe, je suis plutôt bon public pour ce qui est de l’art nouveau, mais tant de génialité encensée tous les six mots avec force adjectifs hyperboliques finirait par décourager d’y croire !

Je me contente alors de regarder — et prends quelques photos.



Rentré pour déjeuner, je profite d'un appartement vide. Ni Javier, ni la femme de ménage ne sont là. Sans doute les chambres ont-elles été louées pour plusieurs nuits, ce qui dispense de les nettoyer. Les Canadiens étaient partis tôt le matin, le couple de Français, pas encore levés.

L’après-midi, des baquets, des cascades d’eau. Touristes effarés, tout mouillés, qui font la queue devant le musée Picasso.
Beaucoup de monde à l’intérieur.
Œuvres de l'enfance et de l'adolescence, avant la jeunesse parisienne du peintre — et quelques œuvres de la maturité, mais fort peu, et pas nécessairement parmi les plus fortes. Un documentaire intéressant à propos des variations sur les Ménines.


Quelques céramiques remarquables — parmi d’autres, beaucoup plus quelconques — léguées par Jacqueline Picasso. Le bâtiment qui abrite les œuvres est très beau.



En fin d'après-midi (à moins que ce soit le lendemain — j'y reviendrai — ?), la visite de la fondation Tàpies me conforte dans mon irritation concernant les tarifs pratiqués ici pour l'entrée des musées : 7 € pour voir moins de vingt œuvres — dont toutes ne sont pas d'égale qualité !

07/12/2011

07/12/11 - 11:58

231 - Paris-Barcelone-Paris
[work in progress !] (8)


Barcelone [suite], mercredi 26 octobre


La Perdera le matin.






La Fondation Miró en début d’après-midi.
J’ai de la chance : une grande rétrospective — essentiellement des peintures et des dessins — a été organisée. Beaucoup de toiles exposées — dont certaines que je ne connaissais pas, ajourées et brûlées.


Dehors et avant de pénétrer à l’intérieur, le soleil, généreux, chauffe. Il fait vraiment un temps estival. Les gens, dans la file d’attente, commentent et sont heureux de cette onction de chaleur.
Je revois avec émotion le triptyque exposé à Pompidou-Metz (Bleu I, II et III). Si, à Metz, le recul n’était pas suffisant pour en apprécier la force vibratile, l’accrochage en U ici ne contribue pas non plus à donner aux toiles toute leur puissance d'évocation.


Sur la terrasse-toit, je revois aussi la sculpture qui figurait sur l’affiche de l’exposition en juillet à Paris.



En amont : Paris, mardi 28 juillet 2011
[De l’exposition Miró au musée Maillol, vue ce jour-là, j’ai noté ceci :]


Exposition vite parcourue. Je m’aperçois très rapidement que j’ai déjà vu la plupart des sculptures à la fondation Maeght — et suis déçu de toutes les façons.
Me dis aussi que, même si certaines sculptures me plaisent, m’amusent ou me débouchent des horizons oniriques, je préfère certaines gouaches et encre, autrement plus promptes à me faire rêver.


*
* *


Certaines œuvres de la fin du XIXe siècle exposées à la MNAC m’ont paru exagérément en quête de pittoresque, imitant à l’excès la facture impressionniste — et certaines, un peu mièvres dans leur joliesse appuyée. Y aurait-il quelque espagnolerie dégénérant en espagnolade chez les artistes, pourtant authentiquement espagnols et dont j’ignore d’ailleurs en général les noms, du tournant du siècle, comme il m’avait déjà paru la veille, devant le portail de la Nativité — ou est-ce tout bonnement moi qui fatigue du trop de choses vues durant ces deux derniers jours ?
Je suis heureusement distrait de ma perplexité devant certaines toiles par un jeune homme qui semble avoir adopté un parti pris inverse au mien. Il traverse presque au trot les salles pour ne se saisir de son appareil photo que devant les (très rares) Dali accrochés ça et là, dédaignant tout le reste. Ce faisant, il joue les jeunes gens vifs et prestes tels les oiseaux, et l’on aimerait quand même qu’il se prenne aux filets de quelque autre peintre.
Pour ma part, sauf impardonnable bévue, et me contraignant à tout faire, je crois bien n’avoir vu aucun Goya.

03/12/2011

03/12/11 - 19:05

230 - Paris-Barcelone-Paris
[work in progress !] (7)


Barcelone, mardi 25 octobre [suite]

Marchant ainsi sur un axe nord-sud à partir de l’endroit où je loge (à quelque quatre kilomètres du centre), j’ai fini par me faire une idée — j’ai toujours besoin de cela, me repérer un peu afin de savoir comment trouver mon chemin, établir des pointillés en esprit d'un trajet à l'autre, me faire une boussole intérieure — de la physionomie de la ville.
Elle plonge de toute façon dans la mer.


Pour le moment, je n’ai aperçu celle-ci qu’en hauteur, en me rendant l’après-midi, après avoir déjeuné, au Parc Güell.


(J’ai donc revu la Sagrada Familia, ses grues et ses tours.)

Je vais ensuite le nez en l’air sans itinéraire que ma descente vers la mer, en quête de façades originales.



Ce n’est, cependant, qu’en avisant une cohorte piétinante que je découvrirai la Perdera : je me fais la réflexion, au vu de la presse, qu’il serait sans doute judicieux d’y venir à nouveau tôt le matin.


Je traverse une première fois les Ramblas, puis m’aventure dans le barri gòtic. Je visite la cathédrale.


Je m’étonne de son cloître aquatique , de son bassin, de ses oies qu’effare sans doute la procession de touristes.

Je photographie, dans l’amorce du couchant, le reflet d’un palmier flamboyant dans une vitre de la maison de l’archidiacre.


Je dois être — décidément — sensible aux charmes anguleux de Subirachs. La Porte Saint-Georges m’attire l’œil, avant que j’en découvre qu’il en est l’artiste.


Je m’amuse d’une théorie de vieilles espagnoles, les unes plus parcheminées que les autres mais qui ont l'ardeur de perruches, alignées sur un banc, Plaça de Sant Jaume, un seul homme à la proue de leur enfilade de veuves [?] qui pourraient illustrer, à leur façon (outre certain tableau de Goya) la chanson de Juliette : ¿ Qué tal ? Ce doit être là leur lieu de réunion attitré en fin de journée, un rituel pour célébrer la venue du crépuscule.



*
* *

On ne voyage jamais très loin, ou l’on arrive du moins plus proche de chez soi qu’on imaginait. Dans cette boutique aux allures espagnoles et anciennes pleine de jambons séchés et autres charcutailles qui pendaient du plafond, la serveuse à qui j’ai servi un sabir international (anglais mâtiné d’espagnol) m’a répondu en français ! C’était une Lyonnaise m’a-t-elle appris ensuite, et le patron, Julien, est tout aussi français... Elle en a profité pour charger un peu l’addition ensuite : elle a dû m’estamper de quelques euros...

Je rentre après dîner, épuisé de mon périple, en me promettant (même si je sais d'expérience que ce risque d'être vain...) de me laminer moins le lendemain...

30/11/2011

30/11/11 - 20:47

229 - Paris-Barcelone-Paris
[work in progress !] (6)


Barcelone, mardi 25 octobre

La Sagrada Familia, le matin ; le Parc Güell, la Cathédrale et le barri gòtic, depuis. Les Ramblas, le soir. Le tout à pied après-midi et soir. Je sais désormais aller de mon logement au centre historique de Barcelone.

Les chaussures entre-temps ont séché, se raidissant un peu, tels des cothurnes en carton...

*
* *

Ecoutant les conseils donnés la veille par ma “colocataire” française, je suis arrivé une petite demi-heure avant l’ouverture de la Sagrada Familia. J’ai évalué la queue que je paraissais devoir faire à un temps relativement court, et, instruit par ma mésaventure de l’avant-veille, je me suis lancé dans la lecture de guides pour m’aider à patienter. J’ai dû pénétrer dans l’édifice vingt minutes après l’ouverture, mais, entre-temps, la file s’était, de fait, bien allongée...


Instruit de ma lecture et relecture des guides, je sais donc depuis que la façade de la Passion à l’ouest par laquelle on entre, due au sculpteur Josep Maria Subirachs*, est loin de recueillir tous les suffrages. Or, sans rien savoir alors de cela, je l’ai trouvée plus émouvante que la façade est, dont le détail parfois mignard et naturaliste, marqué par une esthétique empreinte de joliesse et de misérabilisme, dans des effets appuyés, m’a beaucoup moins plu que je ne l’aurais voulu... Ici, les rondeurs, sinon les rotondités, il est vrai, font contraste avec les arêtes et aspérités « des silhouettes décharnées et patibulaires évoqu[a]nt les moments tragiques de la vie du Christ ».
Je ne crois pas céder à quelque snobisme consistant à prendre le contrepied d’une doxa critique, telle que l’exprime exemplairement, dans ses connotations, l’énoncé que je cite — mais je me demande ce que peuvent avoir de patibulaire, sinon dans le sens propre du mot, ces figures anguleuses, exhibant, il est vrai, souffrance, sacrifice et tragédie... En particulier, la sculpture de la flagellation du Christ disposée à hauteur d’homme à l’entrée du portail, ce Christ à côté duquel semble passer indifférente la marée de touristes surtout décidée à rentrer dans l’édifice, cet homo dolorosus absolu, posé là tel un symbole pourtant aussi visible ou dérangeant que le serait un flagellant, m’a rappelé les christs perlant de sang et lacérés de blessures des retables et peintures du plus sombre Moyen-Age, pour quoi, quoique viscéralement athée, j’accroche un sens, sinon mystique, du moins un œil cathartique et vertigineux comme en face d’une horreur belle et sacrée — tous termes évidemment approximatifs, n’ayant ni les outils artistiques ni les termes religieux qui pourraient convenir**...



Mais, quoi qu’il en soit des portails, l’intérieur évidemment fascine.


Dans la crypte qui abrite un musée faisant état des projets de Gaudi et des étapes de la construction — on y trouve des esquisses préparatoires de Subirachs, notamment celle de la flagellation —


sont spécifiés trois moments d’une évolution des réalisations du temps où Gaudi était le maître d’œuvre. En fait, c’est en continu que se sont infléchies les lignes de plus en plus épurées, de plus en plus audacieuses, de plus en plus évidentes (et, d’ailleurs, de plus en plus géométriques et dépouillées, débarrassées des scories de la façade de la Nativité**…)



Sous la débauche de la lumière qui pleut,


sous les écussons des apôtres, c’est à JM, dont la foi catholique m’a toujours paru un épais “mystère” que je songe, et c’est pour lui que je prends certaines photos…


M’arrachant à la luxuriance de cet intérieur où la lumière s’irise du crayeux au gris, du rose au doré, sans compter les reflets des vitraux, j’emprunte un ascenseur pour me laisser propulser au haut d’une des tours du portail est. La vue est, certes, impressionnante, mais il ne reste plus qu’à redescendre et piétiner au cul des touristes que le colimaçon désarçonne. Comme l’embrasure fait le spectacle et que cette lente descente y invite, je prends de dernières photos...


M‘intéresse aussi — bien évidemment, voire : tout spécialement — que cette église néo-gothique, devenue entre-temps basilique, demeure un work in progress depuis cent trente ans !



-=-=-=-=-=-=-
*De fait, ses deux prénoms paraissent le vouer à sculpter la sainte famille — quoi que Joseph en ait !
**Et d’ailleurs et en même temps, je me méfie de mes perceptions et jugements : si j’ai vu un Christ disposé à hauteur, presque à ras de mon regard, je n’aurais pas imaginé qu’il mesure 2 mètres 60 ! Je l’ai bel et bien raccourci à la longueur de mon nez — ce dont, assurément, il souffrira moins longtemps cependant que sur les multiples calvaires qui le représentent !
***Mais peut-être n’ai-je pas assez l’esprit de famille !


26/11/2011

26/11/11 - 17:50

228 - Paris-Barcelone-Paris
[work in progress !] (5)




Barcelone, lundi 24 octobre

Je suis arrivé ici sous une pluie torrentielle.
Pas moyen d’appeler de mon mobile mon logeur. Et ma carte bancaire était arrivée à expiration ! Les téléphones publics restaient en berne (pas songé, sur le moment, à utiliser la nouvelle, et n’ai pas vu tout de suite qu’on pouvait téléphoner avec des pièces !), il fallait bien quelques complications — qu’accompagnait le tonnerre !

Barcelone sous la pluie, qui aurait imaginé cela ?

J’ai fini par arriver malgré tout — à l’heure tout optimiste que j’avais annoncée, comme un défi.
Pris le train, attrapé le métro — dans les stations de métro est affiché le décompte des secondes jusqu'à ce qu'arrive la prochaine rame —, ai sauté dans un taxi.


Au moins ai-je pu d’emblée vérifier une assertion du guide lue dans l’avion : les taxis ici sont les « moins chers de la communauté européenne ».

A l’entrée de cet immeuble, je ne savais à quel nom sonner. Aucun d’ailleurs n’était affiché. J’ai actionné, au hasard, plusieurs boutons. Jusqu’à tomber sur le bon et qu’on m’ouvre.

On arrive toujours quelque part...

Mon Cerbère arrive, qui dit s’appeler Javier. Un prénom plus avenant que ne l’est sa mine et qui m’évoque l’écrivain madrilène de Demain dans la bataille pense à moi.
Javier ne parle pas plus français que mon interlocutrice entendue à l’aéroport, mais manie l’anglais basique des transactions commerciales et des méthodes Assimil. Tout ce que (d’ailleurs) je ne sais pas faire. A mon grand dam très souvent depuis, j’ai appris au lycée un anglais littéraire dans des textes traitant de civilisation, d’histoire ou de littérature — tandis qu’on ne nous faisait guère nous exprimer à l’oral, tant et si bien que je suis plus à l’aise dans une version que dans la conversation même la plus simple !
Mon interlocuteur semble (d’ailleurs) s’agacer de mes inhibitions linguistiques – et il me faudra plusieurs jours pour l’amadouer, voire obtenir de lui l’esquisse d’un sourire ou de ce qui pourrait s’apparenter à un sourire. Il me proposera toutefois bientôt avec son amabilité à lui – chacun la sienne, il est vrai ! – de partager le contenu des cafetières italiennes qu’il se prépare à la cuisine — ce pour quoi je songerai à JP dont j’aimais qu’il me fît des expressos bien serrés, tâche dont il s’acquittait avec si bonne grâce qu’elle redoublait le plaisir de tremper les lèvres dans un breuvage de caractère.

Premiers tapas le soir. L’endroit, animé, que je trouve sans trop de difficultés, m’a été indiqué par une colocataire française sympathique avec qui j’ai conversé après avoir pris possession de ma chambre, fait quelques courses et colonisé ma part de réfrigérateur.
Elle loue comme moi une chambre de cet appartement transformé en guest house (à moins que ne convienne tout bonnement mieux “auberge espagnole” ?).
Je la rencontre dans la cuisine alors qu’elle prépare des spaghetti. Sa petite fille de six ou sept ans l’accompagne : elle colorie sagement des dessins sur la table, engage spontanément et naturellement avec moi la conversation, sans pour autant jouer les Shirley Temple ni vampiriser l’autre conversation que nous menons sa mère et moi. Je note qu’elle a l’heur de faire fondre Javier, qui se trouve dans les parages et manifeste avec elle et comme malgré lui son premier signe d’humanité. Sa mère, elle, s’adresse à lui dans un fluent english, qu’elle mâtine de mots d’un français courant qui lui est tout spécialement destiné, afin qu’il améliore sa relation aux clients venus d’au-delà des Pyrénées ; mais Javier, qui suit les évolutions du crayon de couleur de la gamine, paraît plutôt rétif à la langue de Molière et joue les distraits.

Premiers tapas. Juché sur mon tabouret, pour lequel j’ai joué des coudes, sautant sur le premier qui se libérait (ainsi m’avait conseillé mon interlocutrice), j’ai cru que mes chaussures ne sècheraient pas...

Au retour, ce n’est qu’en rentrant pour reprendre le métro, tournant la tête, que je l’ai aperçue, flambant dans la nuit, la façade plus étroite que je ne me l’étais imaginé...


24/11/2011

24/11/11 - 21:56

227 - Emplacement disponible (16 ?)


[…]

23/11/2011

23/11/11 - 21:54

226 - Paris-Barcelone-Paris
Babe Alone in Barcelone

[work in progress !] (4)


Paris, dimanche 23 octobre [suite]

Confidences. C’est Aymeric qui s’y livre, et j’en suis un peu surpris — et content. Sans avoir pour autant de propos cavaliers, il m’offre quelque perspective cavalière que je n’avais pas soupçonnée…
De mon côté, et je le regrette, je n’en ai pas autant pour lui, mes relations du moment se bornant à quelques expédients parfois piquants, mais, somme toute, bien peu consistants. Les lovers, décidément, n’ont guère de tenue ces temps derniers…

Toilettes. M’y rendant, je m’amuse des couvercles qui occultent les urinoirs. Je ne crois pas avoir vu ce dispositif auparavant. Racontant cela à Aymeric, je lui dis regretter de n’avoir pas pris mon appareil photographique pour photographier l’endroit et entamer ainsi une série de clichés photographiques sur le thème les toilettes singulières à Paris.
Comme Aymeric paraît s’étonner, je lui raconte qu’avec N*** la fois précédente et la fois d’avant, dans notre tournée des bars, nous sommes, en effet, allés d’un lieu d’aisances original à un cabinet plus surprenant encore, en lui citant les lieux. Y revenant, j’ai même photographié l’un d’entre eux, un véritable cabinet des glaces, piège à Narcisse avait dit (à peu près mais en substance) N***.
Il n’y aurait rien de licencieux dans pareil reportage photographique — même si le sujet s’y prêterait assurément —, juste une déclinaison amusée de lieux insolites, tout comme il m’arrive de photographier des portes ou des façades…



Ceci est bien un urinoir*.
(Je me demande comment l’objet aurait inspiré le marchand du sel,
père et mère et double travestis de Rrose Sélavy…)


*
* *

Je lui rapporte (je n’avais osé le faire fin juillet) que T*** et moi, lors de mon passage à Strasbourg, étions tombés d’accord : nous aurions aimé l’accompagner à Berlin cet été. Aymeric sourit doucement : il a tout particulièrement apprécié sa solitude, qui lui a permis d’aborder la ville autrement… Et moi, in petto, de songer que je souhaiterais, au contraire, que quelqu’un m’accompagne à Barcelone...

(Quand, déçu de savoir qu’A. ne viendrait pas nous rendre visite faute sans doute de s’être mieux organisée — quand je dis « nous », j’étends à nos amis communs le plaisir de la revoir après tant de temps —, j’avais imaginé un court instant dételer tout à coup et partir seul, l’idée de Barcelone m’avait effleuré — réminiscence peut-être de mon passage à Strasbourg, de ma conversation avec T***, qui m’avait dit y partir avec son compagnon au mois d’août, avant ou après une randonnée qu’il devait faire…
Et quand, remettant à l’automne mon projet, j’avais retenu pour octobre la chambre en août, je n’avais pas fait attention que les prix annoncés étaient pour deux personnes. C’est au moment où j’étais sur le point de conclure la réservation que je m’étais aperçu de ce détail. J’avais donc repris toutes les opérations depuis le début, n’inscrivant plus qu’une seule personne dans le champ y afférant — mais ce, pour m’apercevoir que la différence de prix était minime ; si bien que j’avais une nouvelle fois recommencé de renseigner toutes les rubriques en déclarant être à deux.
Il ne manquait pas, dans mon esprit, de personnes qui auraient pu m’accompagner… Tout en discernant certains impossibles, j’égrenais les noms, de Duncan à… — mais… il ferait beau que vous en sachiez** davantage !)

En aval : je décevrai G. de n’avoir pas osé demandé à N*** s’il voulait venir à Barcelone avec moi. Mais je suis bien certain qu’il se serait étonné (comme lorsque je lui avais proposé de faire ensemble les soldes d’été, persuadé qu’il lui plairait de jouer, comme H*** à Reims, les Pygmalion fantaisistes, me poussant à choisir tel ou tel habit plus original ou mieux seyant que je ne l’aurais fait — et que lui avait roulé de gros yeux étonnés, comme si, ce imaginant, je l’avais vraiment pris à contre-emploi !…) et aurait finalement dit ne pas pouvoir.

Après dîner, nous passons reprendre la bicyclette d'Aymeric, laissée sur son lieu de travail. Ce doit être un des thèmes du moment : il vient d’acheter à une amie une bicyclette électrique, qui lui permet d’économiser quelques efforts dans les côtes. Il m’accompagne quelque temps encore, jusqu’à un carrefour propice à son retour vers sa banlieue lointaine.
Je rentre à pied jusque chez J***.

*
* *

Bonheurs des débuts, plaisir immense des préliminaires : j’ai longuement différé en retraçant cette première journée à Paris.
Il me faut — cependant — pousser désormais la porte de l’Espagne…




-=-=-=-=-=-=-=-=-
* [ajout du 24 novembre] Aymeric, à qui, à tout seigneur tout honneur, je fais toujours lire le récit de nos rencontres afin qu’il me donne, comme lui-même le dirait, son imprimatur, m’a fait parvenir cette photo qu’il a prise en allant lui-même aux toilettes, réalisant en quelque sorte l’envie que j’aurais d’un « journal extime » à mains croisées — d’une partition à quatre mains dont mes interlocuteurs écriraient l’autre portée, contrapuntique et venant éclairer autrement les feux et ombres de mes propres récits…
** Je songe après coup que T***, dans son français classique impeccable, aurait ici employé le subjonctif imparfait : cocasse pensée !


22/11/2011

22/11/11 - 21:42

225 - Paris-Barcelone-Paris
Be Alone in Barcelone
[work in progress !] (suite)


Paris, dimanche 23 octobre (3)

Sur le carnet qui m’accompagne depuis mon voyage aux Cambodge et Laos, je n’ai noté que peu de choses concernant mon rendez-vous avec Aymeric.
Peut-être faisais-je abusivement confiance à ma mémoire...

Très précisément, en fait, j’ai noté ceci :

changement d’enseigne (bis repetita) [mais j’ai déjà raconté cela…].
T***.
Confidences.
Toilettes.
*
* *

Après avoir quitté J***, je remonte la rue de Rennes, d’abord d’un pas pressé, puis, considérant la distance qu’il reste à parcourir et, par là, mon avance, je flâne à l’envi.
Je trouve sans difficulté le café indiqué à Aymeric.
Il fait doux encore, mais pas assez pour rester à l’extérieur : je m’en rends compte, posté à un angle de la terrasse, en attendant qu’Aymeric arrive.
Nous allons à l’intérieur.
Le lieu serait agréable, si la musique — la radio, en fait — n’était si forte, et les consommateurs, obligés de hausser la voix.
Aymeric commande la même bière que moi.
Nous nous donnons de nos nouvelles, avec ordre et lenteur. J’en attribue et le fil et le rythme à Aymeric.

Il me paraît aller bien, ou plutôt : bien mieux que T*** ne l’avait cru et me l’avait dit, quand je l’avais croisé par hasard sur un trottoir de ***, non loin de chez moi.
Nous parlons de cela, de ce hasard objectif qui a mis les pas de T*** dans les miens — plutôt que l’inverse puisqu’il m’a fallu héler T***, la tête perdue en hauteur, sous son chapeau, et qu’il ne m’avait pas vu.
Aymeric trouve extraordinaire la rencontre, mais j’en suis moins sûr que lui. *** n’est pas Paris, loin s’en faut : il n’y a guère que deux itinéraires pour se rendre où allait T*** (encore n’avait-il pas pris le plus court), et j’habite à deux enjambées du lieu dont il venait (et, même si je n’avais pas emprunté tout à fait le trajet que je suis d’ordinaire, trente secondes de moins nous auraient mis au même carrefour…).
Mais, naturellement, j’y vois, moi, des ponts jetés entre nous : mieux qu’une trajectoire possible, ils entrelacent, sinon des destins, des chemins de hasard dont les zigzags ont possiblement un sens. C’était la troisième fois que je voyais T***, je l’ai invité à venir passer chez moi les vingt petites minutes dont il disposait, il y aura peut-être aussi d’autres circonstances pour se redire un peu...
Il est plus étonnant, au fond, qu’Aymeric et lui se connaissent, même si je sais qu’en l’occurrence bien des points éclairciraient sans doute ce qui a pu amener chacun à rencontrer l’autre — et que la tresse s’explique assez bien…

Nous décidons de dîner sur place — si, à l’étage, la musique tonitrue moins.
Peu de dîneurs, beaucoup d’espace. Musique en sourdine, dont les notes discrètes semblent s’enfoncer dans une moquette profonde. Mobilier cosy et éclairage indirect, tamisé, fourni par des lampes aux figurines mignardes postées près des tables sur les boiseries formant tabliers autour des appareils de chauffage. Nous nous amusons un instant de cette note un peu mièvre dans ce décor plutôt chaleureux. Nous adoptons toutefois l’endroit.

(Quand j’y reviendrai, à peine plus d’une semaine plus tard, avec N***, je regretterai qu’ayant faim et voulant se commander un plat il préfère demeurer en bas plutôt que de monter à l’étage…
Et j’y aurai dîné entre-temps en rentrant de Barcelone.)


 

INDEX des NOMS

A. : 07/05/10 (77) ; 12/05/10 (79) ; 23/11/11 (226) ;
Al*** : 28/01/10 (69)
Alain : 06/11/10 (126) ; 03/06/11 (187) ; 09/06/11 (189) ;
B. : 17/01/10 (63) ; 17/05/10 (80) ; 26/05/10 (84) ; 17/08/10 (99) ; 28/08/10 (107) ; 01/09/10 (109) ; 09/09/10 (112) ; 26/03/11 (163) ; 27/07/11 (199) ; 06/09/11 (206) ;
B*** (ou “Benoît") : 16/03/10 (73) : 30/04/10 (75) ; 05/05/10 (76) ; 12/05/10 (79) ; 17/05/10 (80) ; 22/05/10 (82) ; 24/05/10 (83) ; 26/05/10 (84); 28/05/10 (85) ; 03/06/10 (86) ; 04/08/10 (93 [dédicace]) ; 08/08/10 (95) ; 28/08/10 (107)
C. : 07/05/10 (77) ; 07/07/11 (193) ;
C*** : 03/01/10 (41) ; 13/03/10 (72) ; 16/03/10 (73) : 07/05/10 (77) ; 12/05/10 (79) ; 17/05/10 (80) ; 24/05/10 (83) ; 03/06/10 (86) ; 07/06/10 (87) ; 05/08/10 (94) ; 08/08/10 (95) ; 28/08/10 (107) ; 01/09/10 (109) ; 09/09/10 (112) ; 11/09/10 (113) ; 15/09/10 (114) ; 19/09/10 (116) ; 22/09/10 (117) ; 25/09/10 (119) ; 21/05/11 (184) ; 15/06/11 (190) ;
“Christine” : 27/12/09 (32)
D. : 13/07/11 (194) ;
“Duncan” [D***** ou E*****] : 09/03/11 (158) ; 23/03/11 (161) ; 26/03/11 (162) ; 27/03/11 (164) ; 21/05/11 (184) ; 23/11/11 (226) ; 21/12/11 (234) ;
"Eric" : 06/04/11 (167) ; 07/04/11 (168) ; 08/04/11 (169) ; 10/04/11 (170) ; 12/04/11 (171) 
“Etienne” : 15/01/11 (137) ; 26/01/11 (144) [dédicace] ; 26/03/11 (163) ; 07/06/11 (188) ;
F. : 07/06/10 (87) ;
Franck : 12/04/11 (171) ; 11/0/11 (209) ;
“François” : 31/12/09 (34) ; 10/01/10 (55) ; 20/01/10 (66) ; 08/08/10 (95) ; 22/08/10 (105) ; 28/08/10 (107) ; 01/09/10 (109) ; 19/09/10 (116) ; 07/07/11 (193) ; 13/07/11 (194) ; 17/07/11 (196) ; 09/08/11 (202) ;
G. : 23/11/11 (226) ;
“Grégory” (ou G.) : 22/05/10 (82) ; 07/06/10 (87) ; 19/09/10 (116) ; 31/05/11 (186) ;
H*** : 16/03/10 (73) ; 23/11/11 (226) ;
J*** : 11/01/10 (56) ; 13/01/10 (57) ; 17/01/10 (63) ; 05/05/10 (76) ; 17/05/10 (80) ; 26/05/10 (84) ; 28/05/10 (85) ; 08/08/10 (95) ; 28/08/10 (107) ; 18/10/10 (120) ; 26/03/11 (163) ; 31/05/11 (186) ; 07/08/11 (201) ; 09/08/11 (202) ; 06/11/11(222) ; 10/11/11(223) ; 14/11/11 (224) ; 22/11/11 (225) ; 23/11/11 (226) ;
J.-L. : 10/01/10 (55) ; 26/08/10 (106) ; 07/08/11 (201) ; 09/08/11 (202) ;
J-M. : 03/12/09 (30) ; 07/05/10 (77) ; 28/08/10 (107) ; 18/10/10 (120) ; 24/10/10 (122) ; 25/10/10 (124) ; 15/01/11 (137) ; 12/04/11 (171) ; 03/08/11 (200) ; 06/09/11 (206) ; 07/09/11 (207) ; 23/09/11 (216) ;
JM (alias L***) : 25/09/09 (7)  ; 31/12/09 (34) ; 20/01/10 (66) ; 30/04/10 (75 [dédicace]) ; 04/08/10 (93 [dédicace]) ; 28/08/10 (107) ; 09/01/11 (135 [dédicace]) ; 15/01/11 (137) ; 04/05/11 (176) ; 21/05/11 (184) ; 15/06/11 (190) ; 27/06/11 (191) ; 14/08/11 (204) [dédicace] ; 30/11/11 (229) ;
J.-P. : 14/01/10 (58) ; 17/08/10 (99) ; 06/11/10 (126) ; 15/06/11 (190) ; 13/07/11 (194) ;
JP : 19/09/10 (116) ; 26/11/11 (228) ;
L*** (N*) : 15/01/10 (60) ; 07/02/10 (70, dédicace) ; 07/05/10 (77) ; 12/05/10 (79) ; 24/05/10 (83) ; 26/05/10 (84) ; 03/06/10 (86) ; 05/09/10 (111) ; 12/08/11 (203) ;
Lindsay : 13/03/10 (72) ; 04/08/10 (93 [dédicace]) ; septembre 2011 (206-215) [lettre à... (1987)] ;
N*** : 24/07/09 (4 [commentaire]) ; 31/12/09 (34) ; 01/01/10 (37) ; 02/01/10 (38) ; 05/01/10 (44) ; 07/01/10 (51) ; 08/01/10 (52) ; 15/01/10 (60) ; 18/01/10 (64) ; 20/01/10 (66) ; 05/05/10 (76) ; 07/05/10 (77) ; 09/05/10 (78) ; 12/05/10 (79) ; 22/05/10 (81 [commentaires]) ; 22/05/10 (82) ; 03/06/10 (86) ; 07/06/10 (87) ; 09/06/10 (88) ; 05/08/10 (94) ; 14/08/10 (98) ; 17/08/10 (99) ; 21/08/10 (103) ; 23/08/10 (105) ; 26/08/10 (106) ; 01/09/10 (109) ; 05/09/10 (111) ; 11/09/10 (113) ; 15/09/10 (114) ; 19/09/10 (116) ; 22/09/10 (117) ; 25/09/10 (119) ; 15/01/11 (137) ; 26/03/11 (163) ; 07/04/11 (168) ; 12/04/11 (171) ; (08/05/11) 180 ; 14/05/11 (183) ; 21/05/11 (184) ; 31/05/11 (186) ; 07/07/11 (193) ; 03/08/11 (200) ; 12/08/11 (203) ; 14/11/11 (224) ; 22/11/11 (225) ; 23/11/11 (226) ; 24/12/11 (235) ; 30/12/11 (236) ;
P*** ("Aymeric") : 24/07/09 (4) ; 31/12/09 (34) ; 05/01/10 (44) ; 07/01/10 (51) ; 18/01/10 (64) ; 07/05/10 (77) ; 12/05/10 (79) ; 17/05/10 (80) ; 28/05/10 (85) ; 05/08/10 (94) ; 12/08/10 (97) ; 14/08/10 (98) ; 17/08/10 (99) ; 21/08/10 (103) ; 23/08/10 (105) ; 30/08/10 (108) ; 01/09/10 (109) ; 05/09/10 (111) ; 25/09/10 (119) ; 01/12/10 (130) ; 26/03/11 (163) ; 07/04/11 (168) ; 04/05/11 (176) ; 31/05/11 (186) ; 07/06/11 (188) ; 15/06/11 (190) ; 27/06/11 (191) ; 07/07/11 (193) ; 10/11/11 (223) ; 14/11/11 (224) ; 22/11/11 (225) ; 23/11/11 (226) ;
Pascal : 13/03/10 (72) ; 22/03/10 (74) ; 23/09/11 (216) ;
R. : 03/12/09 (30) ; 10/10/09 (31) ; 07/01/10 (51) ; 10/01/10 (55) ; 16/03/10 (73) ; 22/03/10 (74) ; 07/05/10 (77) ; 14/08/10 (98) ; 28/08/10 (107) ; 02/11/10 (125) ; 26/01/11 (144) ; 16/02/11 (149) ; 04/05/11 (176) ; 14/05/11 (183) ; 31/05/11 (186) ; 17/07/11 (197) ; 27/07/11 (199) ; 14/11/11 (224) ;
R*** : 27/12/09 (32) ; 07/06/10 (87) ; 11/09/10 (113) ;
S. : 28/05/10 (85) ; 17/08/10 (99) ; 01/09/10 (109) ; 09/09/10 (112) ; 11/09/10 (113) ; 19/09/10 (116) ; 02/11/10 (125) ; 15/06/11 (190) ; 27/07/11 (199) ; 06/09/11 (206) ;
T*** : 16/03/10 (73) ; 21/08/10 (103) ; 18/10/10 (120) [dédicace] ; 17/07/11 (197) ; 14/11/11 (224) ; 22/11/11 (225) ; 23/11/11 (226) ;
V*** : 13/03/10 (72) ; 16/03/10 (73) ; 22/03/10 (74) ; 18/10/10 (120) ; 24/10/10 (122) ; 25/10/10 (124) ;
W*** : 18/10/10 (120) ; 24/10/10 (122) ; 25/10/10 (124) ;
Y*** : 22/09/10 (117) ; 18/10/10 (120) [dédicace] ;

INDEX des PAGES CHOISIES

Depuis qu'j'ai d'la Lectur' pour tous j'suis un peu snob
J'bouffe avec Montherlant qui m'amélior' mon job…
Léo Ferré, “La Complainte de la télé”


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